Le coaching : démarche socratique ou leurre commercial ?


Souvent associé au domaine sportif, le coaching tend de plus en plus à envahir les sphères personnelle et professionnelle : de fait, l’essor du coaching en entreprise est aujourd’hui indéniable, s’adressant en priorité aux cadres du top management. Accompagnement personnalisé, le coaching permet une amélioration des performances au travail par une distanciation à soi-même, à autrui et aux relations professionnelles. Ainsi, véritable figure socratique, le coach pratique une maïeutique moderne, permettant au coaché d’ « accoucher » de ses pensées limitantes.

Simple effet de mode ou besoin réel ?

Le côté très marketing de l’activité de coach peut rebuter certains : les slogans des gourous du coaching, « prenez votre vie en main », « soyez seul maître de votre destin » et autres, peuvent être assimilés à une propagande douteuse. Cependant, le besoin des entreprises est bien réel, comme en témoignent les chiffres publiés par Syntec en décembre 2008 : 73% des entreprises françaises estiment fin 2008 que le coaching est en progression dans leur entreprise, et l’on peut estimer à près de cent millions d’euros le chiffre d’affaires de la profession pour l’année 2009, bien que le marché du coaching ne soit pas défini de manière précise.

Ainsi, la légitimité du coaching semble tout à fait affirmée d’un point de vue purement économique. Mais comment choisir le bon coach ? En effet, l’offre est tout simplement pléthorique, et il paraît bien difficile de distinguer le bon du moins bon. Quelques repères restent néanmoins à la portée de tous ! D’abord, il faut savoir qu’il n’existe à ce jour en France aucun diplôme d’Etat sanctionnant une formation de coaching ayant reçu l’aval du Répertoire National des Certifications Professionnelles. Dès lors, le niveau à la sortie des écoles est très disparate, et les recommandations, parfois très subjectives, des associations professionnelles sont à nuancer en toute lucidité… Toutefois, on assiste aujourd’hui à l’émergence de diverses certifications, dont le certificat des compétences du coach créé en 2007 par AFNOR Certification selon la norme ISO 17024. Mais là encore, un regard critique demeure du meilleur goût : il s’agit d’une certification payante, sur candidature spontanée.

La difficile mission du coach

De fait, la première mission du coach est d’asseoir une certaine légitimité par rapport au coaché sur lequel il n’a généralement pas d’ascendant hiérarchique. Le coaching, qu’il soit strictement professionnel ou personnel, touche dans les tous les cas à la sphère privée, à la personne en ce qu’elle a de plus intime : il s’agit de mettre à jour les dysfonctionnements internes, les limites et les inhibitions du coaché pour le mener progressivement sur le chemin de l’épanouissement. En ce sens, il existe une mission presque philosophique, voire métaphysique, du coach.

Le coach fait ainsi souvent appel à des techniques issues de la psychologie. La programmation neuro-linguistique est l’un de ses éléments les plus en vogue, modélisant des techniques de développement personnel importées des Etats-Unis. Estimant qu’il existe autant de visions du monde que d’individus, et que chacune de ces visions est aussi valable qu’une autre, la PNL utilise notamment l’ancrage pour développer certaines aptitudes. L’ancrage consiste à associer un état interne, émotionnel, à un stimulus externe, sensoriel : ensuite, ce stimulus externe suffira à renvoyer l’état émotionnel associé, l’expérience de la madeleine de Proust en constituant le meilleur exemple.

Le recadrage, autre outil de la PNL, consiste lui en une distanciation du sujet par rapport à une expérience vécue, en l’adoption d’un point de vue totalement différent. On retombe là sur les problématiques de méta-communication, particulièrement éclairantes dans le monde de l’entreprise où une bonne maîtrise des processus relationnels est la garantie d’un fonctionnement professionnel plus efficace. L’analyse transactionnelle, théorie de la personnalité et de la communication aussi utilisée par les coachs, relève d’ailleurs de la même logique de distanciation par rapport à l’objet d’étude et de prise de conscience des « états du Moi » (Parent, Adulte, Enfant), qui constituent une grille de lecture intéressante dans l’univers professionnel.

Par conséquent, le coach doit savoir répondre à des problématiques multiples : gestion des deuils, jeux de pouvoir (notamment liés aux zones d’incertitudes dans les organisations, mises en évidence par Crozier et Friedberg), manipulation (Joule et Beauvois ont bien exploré cet aspect), … Pour reprendre la thématique des jeux de pouvoir, elle est particulièrement prégnante chez les personnes coachées, puisqu’elles occupent généralement des postes de top management : bien souvent, seul unregard externe permet de dégager les mécanismes organisationnels en œuvre. Qui plus est, l’accompagnement du coach ne doit pas être trop court, s’il veut être suivi de résultats mesurables, ni trop long, car il s’agit de rendre le sujet autonome, pas dépendant : c’est donc d’un savant dosage que dépend l’issue de l’accompagnement personnalisé.

En définitive, il faut bien voir que les enjeux de déontologie sont particulièrement prégnants dans le domaine du coaching, dans la mesure où la limite entre vie professionnelle et vie privée y est très ténue, voire tout à fait perméable. Même si des codes de déontologie du coaching au niveau syndical ou associatif existent, le coach peut afficher une déontologie tout à fait personnelle, ce qui porte le souci de confidentialité au cœur des enjeux de la profession.

NB : M&R Conseil dispose de coachs experts, accompagnant des dirigeants d’entreprise dans leur prise de fonction ou dans leur vie professionnelle de manière plus globale.